Tai Chi chuan ?
Tai chi / Tai Chi chuan ?
Qu'est-ce que le Taiji Quan ?
Taï Chi est le nom usuel de Taï Chi Chuan ou Taiji Quan (transcription du chinois en pinyin) 1. Il signifie la boxe du Taiji 2. Le Taï Chi est à l'origine un art martial. De nos jours il est pratiqué à travers le monde comme un exercice efficace au service de la santé.
Il consiste en mouvements ronds, fluides, doux, sur un rythme lent et tranquille. La respiration se fait plus profonde et plus calme aidant à la concentration visuelle et mentale, la relaxation du corps, permettant au Qi de circuler sans obstacles dans l'organisme.
Ces techniques aident à intégrer le corps et l'esprit, favorisant ainsi l'harmonie de l'être et son environnement.
Si ses mouvements font penser à une gymnastique douce ou à une danse, il s'en distingue par leur intention et leur sens martial que nous abordons précisément et étudions.
Le Taï chi s'appelle aussi la boxe de l'ombre.
Historique
Déjà dès le VIème siècle en Chine, on utilise des procédés qui s'apparentent au Taiji Quand actuel. La tradition le fait remonter à la dynastie des Song (960-1126). Zhan San Feng, un moine taoïste, méditait quand il fut dérangé par un bruit extérieur. Il s'approcha de la fenêtre pour assister au combat mortel entre un oiseau et un serpent. On dit qu'il eût l'illumination et créa ainsi le Taiji Quan. Les débuts attestés de celui-ci remontent à Chen Wangting (1600-1680), vers la fin de la dynastie de Ming.
1 Le pinyin est un système de romanisation du chinois mandarin, promu officiellement par la Chine
2 Le Taiji est le faîte suprême, la poutre faîtière du toit, et par extension le point focal au-delà duquel on ne peut aller, à partir duquel se déploient les multiplicités. Le Taiji se réfère aux concepts de la pensée chinoise, le Yin et le Yang, les cinq éléments, les 8 trigrammes.

Les caractéristiques du Taï Chi
Le Taï Chi peut être pratiqué partout et convient quasiment à tous. Le niveau de difficulté des exercices peut être adapté à la condition physique de chacun.
"Un aspect essentiel de l'art qui le distingue des autres approches de santé, est l'aspect holistique3 de l'entraînement; le physique, l'émotionnel et le mental ne sont pas séparés. Il combine la respiration diaphragmatique profonde et la relaxation grâce à ses mouvements lents et doux, tout en maintenant une bonne posture. Les déplacements lents, la désynchronisation des mouvements favorisent la relaxation de la colonne vertébrale, l'équilibre, la coordination des mouvements, la concentration." Tew Bunnag 4
Schématiquement, on compte aujourd'hui cinq principaux styles de Taiji Quan: YANG, SUN, CHEN, WU, WU HAO.
Le Taï Chi se pratique également avec des armes: épée, lance, sabre, éventail, bâton, etc. Ce travail permet d'acquérir une gestuelle différente, plus ample que les formes à mains nues.
Le Taï Chi s'exécute aussi à deux, le Tui Shou ou "mains collantes" essentiel en termes d'apprentissage, pour être à l'écoute de soi et du partenaire.
Pratique et enseignement du Taï Chi
Trois perspectives différentes peuvent structurer le choix du Taiji Quan.
- En premier lieu, c’est une pratique de santé qui s’adresse à tous et à tous les âges. Il ne demande ni habileté, ni force physique particulière. Seul l’entraînement permet de s’améliorer.
- Il s’agit aussi d’une pratique martiale, notamment dans le travail à deux.
- Enfin, le Tai Chi peut se vivre comme une méditation en mouvement. En effet, il s’agit davantage de laisser le mouvement se faire plutôt que de l’exécuter. Le pratiquant recherche à calmer le cœur, vider l’esprit pour être en relation étroite avec lui-même et la nature.
Pratiquer le Tai Chi, c’est se donner un moment à soi, rien que pour soi, à l’écart des soucis et des préoccupations, d’être à l’écoute de son corps, rentrer pour un temps, si bref soit-il, en soi. Le maître mot est conscience, conscience du mouvement, du geste, dans sa plénitude, dans tout son développement. L’esprit est dans l’observation, dans l’intention, occupé à percevoir les sensations issues de l’action jusqu’au moment où l’être entier sera le mouvement qui se fait.
3 holistique - de Holisme, doctrine considérant chaque phénomène comme faisant partie d'un tout.
4 Tew Bunnag - The Art of T'ai Chi Ch'uan - meditation in movement
Prendre son temps (de Gérard Buray)
Le temps du geste

LeTaiji Quan est une exhortation à changer de registre, à prendre son temps. Il invite à ralentir, à savourer un geste sans se presser, à aller jusqu'au bout, à l'extrême instant de la fin d'un mouvement avant de démarrer le suivant. Le gourmand aussi déguste à petites bouchées lentes, laisse fondre la glace dans sa bouche pour bien dégager toutes les saveurs et retarder le moment où le cornet sera vide. Cette attention à laisser finir un mouvement dans son amplitude est d'ailleurs malaisée pour le débutant. Le souci de bien faire, de ne pas oublier l'emporte et tend à gommer chaque fin au détriment du début. Comme si l'on voulait commencer avant de finir.
Ce n'est pas vraiment de la précipitation, plutôt une focalisation de l'esprit sur le résultat supposé, le mouvement fini.
Pour le pratiquant de Taiji Quan il n'y a pas de résultat.
Le résultat c'est la pratique, le faire. Tout s'inscrit dans le temps de la pratique. Le temps du mouvement est intense, plein. Il est éphémère et dense. Rempli de la conscience, de la perception du corps dans toutes ses parties, à chaque fraction de seconde. Ce n'est pas le mouvement du bras qui est perçu ni celui de la jambe. Toutes les parties sont là. Elles affleurent ensemble et séparément à la conscience. On est en quelque sorte dans le temps et hors du temps. Il n'y plus d'urgence, plus de tâche à accomplir. Il reste la nécessité absolue de l'accomplissement de ce geste perçu au travers des tensions et des relâchements successifs des muscles et des tendons qui entrent en jeu. Il se suffit à lui-même. Rien d'autre n'est nécessaire que la présence au geste, la conscience de ce qu'il est, de l'intention sous-jacente.
La vitesse nécessaire
Notre vie abonde en gestes automatiques, accomplis sans y penser. La réponse corporelle suit immédiatement le stimuli. Tendre le bras pour saisir un verre, marcher, se frotter les yeux. C'est le résultat qui importe : boire, aller à la gare, soulager la douleur. Les étapes intermédiaires ne nous intéressent pas. De la sorte, le temps passe sans vraiment y penser.
A grande vitesse le conducteur se forge une impression générale du paysage. Je traverse une vallée avec une fermette noyée dans le soleil. Des vaches paissent dans un pré. Un instant plus tard les vaches ont disparu pour faire place à un viaduc qui mobilise l'attention. Si le pilote abandonne la voiture au profit du vélo, la vision, les sensations sont tout autres. La fermette reste longtemps présente. Il sera possible d'en admirer l'architecture mais aussi de voir les coquelicots au bord de la route. Il sentira l'air frais souffler sur le visage.
Le Taiji est à la vie quotidienne ce que la marche est à la voiture. Si j'avance rapidement, je constate que j'ai parcouru un mètre et c'est tout. Si j'adopte la démarche du chat ou celle du Taiji qui est la même, je pose délicatement mon pied sur le sol, je perçois l'enracinement progressif de mon pied dans le sol, je porte progressivement mon poids sur la jambe qui vient de se poser, etc... J'ai pleine conscience de ce que je fais.
La finesse de la perception est associée à la vitesse du mouvement. Sentir ce qui se passe dans mon corps implique une certaine vitesse. Vigilant, je perçois les mouvements des membres, du tronc, des yeux, de la respiration, des viscères. Lorsque la grue blanche achève de déployer ses ailes (nom d'une figure du Taiji), je me détends, je relâche la colonne lombaire, j'étire la tête, je remplis mon mouvement. Une sensation de bien être m'envahit. Une seconde, deux secondes ? Qu'importe ! La mesure du temps ne vient pas de la montre. Le corps lui-même bat sa mesure. Conscience du lien entre ce geste, le précédent et le suivant. Conscience du caractère nécessaire de cette succession, du jeu continu et successif des groupes musculaires.
Conscience de la continuité
Le pratiquant passe par une multitude d'étapes. Il y a bien des heures de pratique entre la première mémorisation et la perception des mouvements. Dans «Pierre et le loup», Serge Prokofiev convie l'oiseau, le canard, le grand-père représentants les instruments de musique à entrer sur scène les uns à la suite des autres pour nous donner un joyeux concert. Le conte musical illustre la merveilleuse aventure d'un pratiquant de Taiji.
Le silence initial c'est le corps rigide. Les bras, les jambes, les yeux, la taille, la respiration sont les acteurs de notre musique corporelle qui vont au fil du temps composer notre symphonie. Au départ c'est souvent une belle cacophonie. La coordination, la conscience des mouvements est conquête. Elle n'est donnée pas d'emblée. De temps à autre la pratique nous donne un cadeau, une nouvelle perception, le lien passé inaperçu jusqu'à ce jour entre le bras qui s'éloigne, la jambe qui s'étire, le tronc qui tourne. Quel bonheur quand les sons de l'orchestre commencent à s'accorder.
Mon premier professeur disait : «Il n'y a pas d'urgence vous avez la vie pour progresser».
Puis il partait d'un grand éclat de rire.